« L’assurance qualité n’est pas une ponctualité. Elle se fait dans la continuité » Prof Pape Gueye du Sénégal

ParService Communication

« L’assurance qualité n’est pas une ponctualité. Elle se fait dans la continuité » Prof Pape Gueye du Sénégal

« L’assurance qualité n’est pas une ponctualité. Elle se fait dans la continuité » Prof Pape Gueye du Sénégal 

Du 29 au 31 juillet 2019, Conakry a été la capitale africaine de l’assurance qualité de l’espace francophone. Le premier atelier de sensibilisation des responsables académiques organisé par l’ANAQ Guinée a mobilisé l’expertise internationale. De grand noms de l’assurance qualité dans l’enseignement, la formation et la recherche du CAMES, et de certains pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre étaient présents. Dans un entretien exclusif, le Prof Pape Gueye secrétaire exécutif et fondateur de l’autorité nationale d’assurance qualité du Sénégal nous livre son expérience et partage ses espoirs pour le développement de la culture de l’excellence dans le système éducatif africain.

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 ANAQ

Quel est votre parcours dans le processus de l’assurance qualité ?

Pape Gueye

Je dois dire que j’ai suivi mes premiers cours en 2005 comme auditeur avec une canadienne venant de Laval. Elle nous a donné les premiers rudiments de l’assurance qualité au niveau de l’enseignement supérieur. J’ai ensuite suivi le cours de l’institut international de planification et de l’éducation. Ce fut une innovation pour organiser nos manières de faire   dans l’enseignement supérieur. Professeur à l’université Cheick Anta Diop de Dakar, je suis devenu conseiller technique au Ministère de l’enseignement supérieur de l’éducation et j’ai continué à suivre des formations et à faire des restitutions jusqu’à ce que je sois capable de mettre en place la première agence francophone d’Afrique.

J’ai eu à accompagner beaucoup d’autres pays dont la Guinée par sélection d’un projet de la Banque mondiale. J’accompagne également le Mali, le Niger etc. Je viens de terminer mon deuxième et derniers mandat à la tète de l’ANAQ-Sup Sénégal.

ANAQ

Professeur, la démarche assurance qualité est porteuse d’espoirs. De nombreux changements qualitatifs sont attendus. Est- ce que les espérances suscitées peuvent être combler au vu des réalités de nos pays ?

Pape Gueye

Oui oui, si nous avons adopté la démarche assurance qualité, c’est par ce qu’elle a montré ses bénéfices ailleurs et elle continue de montrer ses bénéfices. Seulement, l’assurance qualité qui va impacter en termes de finalité l’amélioration des pratiques au niveau de l’enseignement, des méthodes de l’organisation, de la gouvernance des institutions, peaufiner la qualité des diplômes doit in fine se faire dans la durée.

Ici à Conakry, nous avons beaucoup parlé de la nécessité du changement et de son l’impact. L’assurance qualité consiste avant tout de savoir que les vieilles pratiques ne peuvent pas nous donner des résultats que nous espérons.

Nous constatons que le niveau du système est entrain de baisser. Que faire ?

En répondant à cette question, intervient la démarche qualité en terme de nouvelles pratiques, de nouveaux procédés et de nouvelles attitudes.  J’ai présenté par exemple les effets positifs de l’assurance qualité au Sénégal.  Que ce soit en termes de gouvernance, ou de système d’information des étudiants et de niveau d’engagement des gouvernants ou encore de système d’enseignement (LMD), par rapport à la professionnalisation, etc. Tout cela permet de constater déjà qu’au Sénégal, depuis 6 ans il y a des effets positifs. Mais ces effets positifs n’impacteront véritablement que dans la durée. Ce n’est pas maintenant. Pour les résultats, on sent concrètement que nous sommes devenus efficaces, transparents, compris et compréhensibles. C’est-à-dire l’adhésion est renforcée, accélérée. Parce que les gens constatent que ce sont les meilleures pratiques qui sont là.

ANAQ

Le miracle sénégalais est il possible en Guinée ?

Pape Gueye 

Ce n’est pas un miracle. La Guinée vient de découvrir le système. Elle l’a installé, elle a fait un grand pas. Il y a des pays qui ont commencé avant la Guinée qui n’ont pas leurs agences fonctionnelles. Or l’ANAQ Guinée est fonctionnelle. La preuve est l’organisation de cet l’atelier de trois jours. L’ANAQ a réuni des experts venus de l’Europe et d’Afrique, cela est un indicateur de la réussite. Une réussite également pour toute la communauté universitaire guinéenne et de l’enseignement technique. Mais l’ANAQ a une mission qui est complexe, c’est d’amener cette communauté à adhérer au processus du changement. A comprendre qu’il y a la nécessité à changer, il y a la nécessite d’améliorer ce que nous faisons. Le processus de l’assurance qualité est l’amélioration continue.

ANAQ

Professeur, quand on arrive à ce niveau, qu’est-ce qu’il faut éviter pour ne pas que la tendance baisse ?

Pape Gueye 

Deming a théorisé cela a travers une roue : faire, pratiquer, améliorer, évaluer etc. Cette image dit bien qu’il faut que le niveau de qualité soit calé. Ce n’est possible que quand on comprend que l’activité doit être continue. Ce n’est pas quelque chose de temporel, de ponctuel. L’assurance qualité n’est pas une ponctualité. Elle se fait dans la continuité, dans la durée. Il faut l’installer dans les pratiques de tous les jours. Dans les attitudes institutionnelles, elle doit être une culture, à la fois institutionnelle et académique.

ANAQ

A titre personnel, quels sont vos prochains défis professeur ?

Pape Gueye 

Le défi fondamental, est de continuer la mise en place des autorités nationales d’assurance qualité dans nos pays. La synergie crée permettra de partager les bonnes pratiques et d’aller vers un système où l’amélioration est perceptible et acceptée.

Par exemple au Sénégal aujourd’hui, le parent, l‘étudiant, regarde les diplômes d’abord avant de s’inscrire et se pose des questions : est-ce après la formation je pourrai trouver du travail ? Est-ce que le diplôme est accrédité ? Est ce que l’établissement est habilité ? Est-ce que l’ANAQ-SUP l’a évalué ?

C’est une nouvelle culture qui est entrain d’émerger au Sénégal parce que les parents ont senti que le bénéfice du diplôme ne peut pas se réaliser si les conditions de l’assurance qualité ne sont pas réunies.

ANAQ

Professeur merci pour cette interview !

Pape Gueye 

C’est moi qui vous remercie.

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Service Communication editor

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